Ariane de Rothschild, pour une philanthropie engagée
Discours prononcé par Ariane de Rothschild à l'occasion du gala du Conseil Pasteur-Weizmann, à l'Opéra Garnier le 22 novembre 2011.
"C’est un immense honneur que de m’adresser à vous ce soir, dans ce magnifique Palais Garnier, lieu ô combien emblématique pour la création et l’excellence artistique. Plus encore, je me réjouis de voir tant d’amis et de personnalités, françaises et internationales, réunies autour de cet engagement exceptionnel que représente le Conseil Pasteur-Weizmann.
C’est d’abord à ce projet visionnaire que je voudrais rendre hommage. Depuis plus de 36 ans, ce partenariat s’est construit sur la conviction qu’un partage de connaissances et d’expertise était indispensable pour l’avancement des sciences. Cette association très tôt a su compter, non seulement sur le soutien de femmes et d’hommes réunis dans une même croyance au progrès de l’humanité, mais également sur l’engagement de ceux et de celles qui n’ont eu cesse d’en porter la mission et le rayonnement. A cet égard, je tiens à remercier plus particulièrement Madame Simone Veil et Monsieur Robert Parienti pour l’inspiration qu’ils nous apportent, chacun à sa manière, dans les valeurs qu’ils incarnent et le travail qu’ils dédient au dialogue et à la coopération internationale.
Alors qu’une crise économique et sociale très grave requiert de la part des états des amputations budgétaires considérables, un engagement du secteur privé pour l’éducation et la recherche scientifique devient essentiel. En France, nous sommes encore loin des 3% du produit intérieur brut qui auraient dû être consacrés à la Recherche et au Développement en 2010, selon les objectifs de Lisbonne. Ces mêmes objectifs prévoyaient que les deux tiers de ces dépenses soient assurés à terme par les entreprises. Ce seuil a été atteint en Allemagne, aux Etats‐Unis et au Japon, tandis qu’un rapport récent du Sénat fait état d’"une recherche française marquée par une dépense privée encore trop peu dynamique". Le désengagement de l’Etat met aujourd’hui le secteur privé face à ses possibilités.
Encore faut-il toutefois qu’un dispositif réglementaire, à la fois efficace et équitable, puisse favoriser une plus grande implication du secteur privé et favoriser l’émergence d’une véritable initiative philanthropique, en France et en Europe.
Je pense qu’il incombe aux philanthropes européens, dont j’ai le privilège de faire partie, d’affirmer avec force leur soutien à la recherche et d’encourager une coopération scientifique accrue entre pays développés. Plus urgent encore, il est indispensable de favoriser le développement des compétences dans les pays du sud. Peut-être est-ce là une spécificité française, dont il faut rester fier, construite de longue date par des instituts prestigieux tels Pasteur ou Mérieux, en Afrique ou en Asie. Je tiens en particulier à saluer ici la présence de Monsieur Alain Mérieux, dont Le père, le docteur Charles Mérieux et lui-même furent des amis proches de mon beau--‐père, Edmond de Rothschild.
La philanthropie à l’échelle mondiale est dans une quête grandissante d’un impact social mesurable. L’apport de fonds, tout aussi généreux qu’il soit, ne suffit pas pour apporter une solution durable aux fléaux que sont la pauvreté et la maladie. De nombreux donateurs tiennent dorénavant à être associés à l’identification précise des défis à relever et à l’évaluation des résultats atteints. La bienfaisance, qui a permis durant des générations l’amélioration des conditions de vie de millions d’êtres humains, se transforme aujourd’hui en une philanthropie stratégique et engagée. A son tour, la recherche scientifique occupe une place de choix parmi les domaines qui peuvent amener des vrais changements, améliorer la condition humaine et réduire les inégalités.
Selon moi, notre point d’ancrage doit être un humanisme contemporain, nourri sans équivoque par une défense de la liberté, de la dignité et de la justice. Ici plus qu’ailleurs, en rendant hommage au lien qui unit Pasteur à Weizmann, je sais que l’idée d’humanisme possède une résonance particulière. Le progrès et le partage des connaissances demeurent les meilleures armes de cet idéal. La science, parce qu’elle se doit de poser des questions sans jugement ou préconception, favorise unité et équité chez l’homme. Par sa vision multidisciplinaire, ouverte mais exigeante, le Conseil Pasteur-Weizmann constitue une facette lumineuse de l’esprit humaniste.
Si je suis profondément honorée et heureuse d’être parmi vous ce soir, je sais également que nous partageons un même respect du savoir et un refus des obscurantismes. Comme le dit un jour Marie Curie : "Dans la vie rien n’est à craindre, tout est à comprendre". En dépit de l’époque tourmentée que nous vivons, l’exemple de Pasteur et de Weizmann nous permet de préserver une confiance dans l’avenir. Il nous aide à mieux comprendre le monde et nous invite à changer avec lui.
Merci"
Ariane de Rothschild
