Le regard de la recherche sur le lien entre philanthropie et climat

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Publiée le 9 septembre 2022 | Partager :
La CffC accueille pour les trois prochaines années la chercheuse Anne Monier, de la chaire philanthropie de l’ESSEC, afin de mieux comprendre l’engagement des fondations pour le climat. C’est une grande première car la recherche sur la philanthropie et le climat en est encore à ses débuts, ce qu’Anne a exposé à l’occasion d’un entretien avec la CffC. La recherche propose toutefois déjà des pistes pour aider les fondations à renforcer leur impact : en orientant leurs financements vers des thématiques environnementales, en s’ouvrant aux nouvelles approches, et en valorisant leur position privilégiée au croisement des mondes de la finance et de la solidarité.

Une exploration progressive du lien philanthropie-climat

Le monde de la recherche commence peu à peu à explorer l’action engagée par le secteur philanthropique pour se saisir de l’enjeu climatique, à l’heure d’initiatives nouvelles comme celles de la CffC et des réseaux philanthropiques en Europe et à l’International. Les sciences sociales avaient jusqu’ici étudié le lien entre philanthropie et climat davantage sous l’angle du rôle des fondations dans la gouvernance climatique et les négociations, que sur leurs moyens d’action directe.

A l’avant-garde des chercheurs qui se penchent sur la manière dont les fondations se saisissent de l’enjeu climatique se situe le docteur Edouard Morena, enseignant-chercheur à l’Institut de l’Université de Londres à Paris. Le Dr Morena adopte une posture assez critique de l’action des fondations pour le climat. Il souligne que les fondations ne doivent pas se substituer aux entreprises et gouvernements, plus réticents à s’engager pour le climat. En tant que pourvoyeurs de fonds et vecteurs de mobilisation, les fondations ont la possibilité d’activer des leviers d’action.

S’ouvrir aux alternatives et réaffirmer son engagement

Les financements apportés par les fondations ne peuvent seuls répondre à tous les enjeux climatiques. L’action des fondations en tant que bailleurs de fonds doit cependant être encouragée, car elles possèdent une importante expertise dans le soutien de l’action de terrain. Leur contribution à des projets environnementaux ou transversaux pourrait toutefois être renforcée : seuls 4% des dotations des fondations y étaient alloués en 2017 selon l’Observatoire de la Philanthropie.

Le secteur de la philanthropie pourrait s’ouvrir davantage aux nouvelles visions dans l’approche à adopter face au défi climatique. Six grandes fondations américaines représentant 70% des fonds alloués au climat imposent la vision d’une philanthropie de « marché », caractérisée par un financement vertical à court terme pour proposer un « retour sur investissement » aux donateurs. Les changements de société nécessaires à la transition climatique impliquent de changer de perspective. Il est ainsi essentiel pour les fondations de développer des approches alternatives, tout en d’impliquant davantage les organisations de terrain qu’elles accompagnent. Cela s’incarne dans la mise en place de liens plus horizontaux avec les bénéficiaires en amont du financement, et l’évaluation qualitative de l’impact à plus long terme.

Une position stratégique au carrefour des différents acteurs

Malgré l’amélioration de leurs pratiques de financement, les fondations ne gagneront pas seules la bataille du climat. Elles jouissent cependant d’une position privilégiée pour mobiliser les différents acteurs, au carrefour entre l’économie sociale et solidaire et le monde financier. En facilitant le rapprochement entre les différentes équipes dans leurs structures, elles favorisent une prise en compte intégrale de la question du climat. Dans leur rôle national et international, elles peuvent également utiliser l’effet de levier de cette position stratégique. En mettant en avant leurs capacités d’intermédiation et de plaidoyer, elles ont le potentiel d’amener dans leur sillage des acteurs jusqu’alors réticents à l’engagement – les gouvernements et les entreprises principalement.

Le secteur de la philanthropie marque indéniablement des progrès dans sa prise en compte de l’urgence climatique. Rattraper les enjeux climatiques va toutefois demander davantage d’engagement : c’est pour faciliter ce dernier que le travail conjoint de la recherche et celui de la CffC sont importants. Aussi, nous invitons tous nos membres à participer aux échanges avec Anne Monier que la CffC proposera au cours des trois années à venir, pour faciliter ses travaux de recherche sur la philanthropie et le climat.

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